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La chapelle Saint-Louis

Un grand admirateur de Saint Louis

© Marie BouillonComme beaucoup d'auteurs, le Chanoine Warichez situe la construction de la Chapelle Saint-Louis à l'initiative de l'évêque Jean de Vasonne en 1299. Cet évêque, grand admirateur du roi de France Louis IX, fut l'un des premiers à rendre hommage à la mémoire de ce roi dont le règne avait été très favorable à Tournai. Chotin nous signale sa visite à Tournai en 1254 (date peut-être inexacte…). Louis IX, qui désirait organiser une huitième croisade, était mort de la peste au cours du siège de Tunis en 1270 et sa béatification en 1297 avait suivi de très peu son trépas en odeur de sainteté.

Le Maistre d'Anstaing nous apprend qu'à une certaine époque, la Cathédrale aurait compté quelque 33 chapelles ou 'autels' placés sous sa juridiction. Dans la Cathédrale même, celles-ci se développèrent surtout à partir du XIIe siècle. Elles se nichaient tout autour du chœur et dans les entrecolonnements. La plupart d'entre elles étaient richement décorées mais furent impitoyablement saccagées lors de la Révolution.

En hors d'œuvre

Jean de Vasonne avait bien fondé deux chapellenies en l'honneur de Saint-Louis, qui était venu à Tournai en 1257, et lui avait dédié cette chapelle construite en hors d'œuvre de la nef romane. Conformément à son vœu, il y fut inhumé dans un mausolée en 1300. C'est là aussi, en 1477, que fut placé le tombeau du duc de Gueldre, tué par les Français à Maire. Ces deux monuments funéraires furent détruits par les Iconoclastes en 1566. Bientôt d'autres furent érigés, mais la Révolution Française les anéantit à son tour, de même que les marbres de la chapelle, sa pierre d'autel armoriée et ses ornements précieux. Disparut aussi le magnifique mausolée réalisé par Girardon, le sculpteur de Louis XIV, pour Henri Bonneau, gouverneur de Tournai. Il fut vendu à la Révolution et il n'en reste que l'épitaphe.

Saint-Louis ou Saint-Eleuthère?

Mais notre Chapelle Saint-Louis n'a pas toujours porté ce nom. Pendant longtemps, elle s'est aussi appelée Chapelle Saint-Eleuthère. Témoin les cartes postales éditées dans l'immédiate après-guerre par la papeterie V. Moers. On peut y voir notre chapelle, sous le vocable de Saint-Eleuthère avec, derrière la grille, la Châsse des Damoiseaux et au-dessus du lambris de l'entrée un tableau de Gérard Seghers "La Décapitation de Saint-Jean Baptiste". On y remarque aussi des médaillons de bois qui ont été déménagés ailleurs dans la Cathédrale. A l'époque de Le Maistre d'Anstaing (1842), les panneaux provenant de l'abbaye de Saint-Ghislain eux-mêmes sont en fait mentionnées comme décorant les murs du déambulatoire.

Pourquoi ce nom de Chapelle Saint-Eleuthère? Dès le 13ième siècle, notre Cathédrale comportait une Chapelle Saint-Eleuthère, la deuxième du déambulatoire nord, celle que nous connaissons maintenant sous le nom de Chapelle Cottrel. La Confrérie des Damoiseaux, créée en 1280, possédait une première châsse en bois contenant le chef de Saint Eleuthère. Celle-ci aurait été détruite en 1566 pour être remplacée par celle de 1571 que nous connaissons. Il semble bien que, depuis la grande restauration du 19ième siècle, notre chapelle soit devenue le siège de la Confrérie des Damoiseaux, tout en conservant parfois son vocable de Saint-Louis. C'est là aussi que les écrits du Chanoine Warichez signalent leur châsse. Dès le début de ce même siècle, en 1802, la Chapelle Saint-Louis avait été redécorée à l'initiative d'un chanoine de l'ancien chapitre, le comte de Steenhault, qui l'avait fait orner de statues, de moulures et de stuc. La polychromie des nervures des voûtes a elle été gardée, bien que ravivée assez violemment dans les années 1870 avec un solide enduit fait d'une combinaison de fromage et de chaux.

La Chapelle Saint-Louis et sa décoration

Nous ne reviendrons pas ici sur les lambris sculptés de l'abbaye de Saint-Ghislain. Ils sont commentés abondamment sur les panneaux qui se dressent dans la chapelle. Reste cependant à parler brièvement des deux grands tableaux.

La "Crucifixion" de Jordaens, qui appartenait aux Oratoriens de Mons, avait été cédée à la Cathédrale en 1841 et restaurée une première fois - certains disent maladroitement - par le peintre tournaisien Hippolyte Equennez. Le Maistre d'Anstaing mentionne cette toile dans sa description du transept et la situe là où nous pouvions récemment encore admirer la grande statue de Saint Michel. Les cartes postales de Moers la montrent bien au-dessus de l'autel de la Chapelle Saint-Louis, où elle était venue remplacer une toile de Jacques Baudin, peinte en 1789, "Saint-Louis Distribuant du Pain aux Pauvres", que Le Maistre d'Anstaing y mentionne. Toujours d'après Le Maistre d'Anstaing, un autre tableau de 1761 par L. Watteau de Valenciennes représentant le "Louis IX distribuant ses Aumônes" pendait sur l'autre mur de la chapelle. Le Saint Louis de Baudin émigra plus tard vers l'actuelle Chapelle de Prière et pend actuellement dans l'escalier nord de la tribune des orgues, tandis que celui de L. Watteau réapparaît dans les descriptions de Warichez dans la Chapelle de Tous les Saints, à la base de la tour Marie.

Heureux qui comme Rubens…

Par un curieux retour des choses, il a maintenant fait place au Rubens que nous connaissons. Ce grand tableau 'voyageur' a décoré quasi tous les endroits possibles dans la Cathédrale.

Après la disparition du maître autel pour lequel il avait été commandé, et son exil forcé et … endormi à Paris, il s'est retrouvé un moment au fond du déambulatoire. Le Maistre d'Anstaing le décrit près de la chapelle absidiale. Jusqu'au temps de Warichez, 1934, il décorera le mur de la Chapelle Saint-Louis, où il figure actuellement. Après la Deuxième Guerre Mondiale, il atterrira dans l'ancienne Chapelle de la Passion, c'est-à-dire l'actuelle Chapelle de Prière. Son voyage à l'Irpa pour le compte de la Fondation Roi Baudouin l'amènera au mur de la tour Saint-Jean, d'où - oh surprise! - il regagna son emplacement actuel où son ancienne console l'attendait toujours…

Malheureusement, des panneaux de bois emballent pour le moment toute la Chapelle Saint-Louis afin de protéger les œuvres d'art de l'agression des inévitables poussières du chantier de stabilisation et de fouilles. Ils nous empêchent de jouir pleinement de la splendeur lumineuse de cet ajout gothique qui date de 1299.

Lorsque la restauration de la Cathédrale qui s'amorce sera terminée, qui sait ce que l'on retiendra encore de toutes ces évolutions de la Chapelle Saint-Louis et des chapelles de notre Cathédrale en général? Une visite à d'autres cathédrales, qui n'ont pas été martyrisées comme la nôtre, ne peut donner qu'une petite idée de la splendeur de la décoration ancienne de notre trentaine de chapelles.

F. VANDE PUTTE