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La chapelle du Saint-Esprit

Vaste chapelle, de plan ovale, construite en briques et pierres, la chapelle du Saint-Esprit est surmontée d’une lanterne percée de huit fenêtres. On doit la construction de la chapelle du Saint-Esprit à un chanoine de Tournai d’origine espagnole Jean Gennaro. Né à Bruxelles en 1618, il était à Madrid à la cour du roi Philippe IV lorsque celui-ci le nomma chanoine de Tournai. En 1675, le roi Louis XIV (Tournai était passé de l’Espagne à la France depuis 1667) lui confia la charge de doyen du chapitre. En 1676, le doyen Gennaro décida avec l’accord du chapitre de construire une chapelle qui servirait également de salle de réunion pour les chanoines. L’entreprise fut confiée à un architecte lillois, Simon Volant à qui la ville de Lille doit la monumentale « Porte de Paris ». Les travaux furent achevés en 1680.

Dépouillée de son mobilier à la Révolution, la chapelle du Saint-Esprit retrouve son lustre lorsqu’en 1876, le doyen du chapitre Jean-Baptiste Ponceau  prit la décision d’y faire tendre la grande tapisserie de saint Piat et de saint Eleuthère.

L’histoire de la tapisserie est bien connue. Elle est l’œuvre d’un hautelisseur d’Arras Pierre Féré qui l’exécuta à la demande du chanoine Toussaint Prier, chapelain de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne et comte de Flandre. Le donateur l’avait destinée à orner les clôtures du chœur de la cathédrale. On la considère comme la plus ancienne tenture de chœur conservée en Occident. Au surplus, elle est la seule tapisserie dont l’origine arrageoise est incontestée.

Restaurée en 1875 par la manufacture royale de tapis de Tournai, la tapisserie faillit disparaître lors de l’incendie de la chapelle lors du bombardement allemand du 16 mai 1940. Les tentures durent leur salut aux prisonniers de la prison de Tournai qui avec leurs gardiens, leur directeur M. Lambert et quelques volontaires les arrachèrent aux flammes dans la matinée du samedi 18 mai. Les précieuses tentures avaient souffert des événements. Le temps était venu de les restaurer.

Dans les derniers mois de 1997, la chapelle du Saint-Esprit fut mise en chantier. Les travaux de peinture, d’éclairage et de réfection du parquet nécessitèrent l’enlèvement des précieuses tapisseries du chanoine Toussaint, en janvier 1998. Elles furent confiées à la manufacture royale de tapisseries De Wit établie à Malines. Cette maison est connue dans le monde entier pour la qualité de ses travaux. Elle a traité l’année dernière des tapisseries du Rijksmuseum d’Amsterdam, des cathédrales de Strasbourg et de Saragosse, du Musée des Arts décoratifs de Paris, des Musées des Beaux-Arts de Bruxelles, d’Anvers, du Palais royal de Laeken, des musées de Cleveland et de Chicago et bien d’autres encore. 

Les tentures de la cathédrale de Tournai furent nettoyées par aspiration d’aérosol dans une salle spécialement aménagée. Après cette opération, il convenait d’effectuer le doublage. Le but de celui-ci est de prendre en charge le poids du tissu et d’éviter les tractions dommageables pour les fibres. En outre, il était nécessaire de rendre apparents les bords fragmentaires de chaque tapisserie, jusqu’ici repliés et donc cachés, en les fixant sur des tissus teints spécialement suivant la couleur dominante des pièces. Ce travail difficile fut confié au laboratoire du Crecit (Centre de recherches, d’essais et de contrôle scientifique et technique pour l’industrie textile) établi à Tournai. Le directeur du Centre, J.-P. Ramu, confia l’entreprise aux spécialistes Claudine Mol et Marie Vercauteren. Le tout fut terminé pour le premier dimanche de l’Avent. Depuis cette date, les tapisseries illuminent de leurs couleurs retrouvées les parois de la chapelle du Saint-Esprit.

Le chanoine Toussaint Prier n’est pas le seul bienfaiteur qui ait enrichi la cathédrale de ses dons. Innombrables sont ceux qui au cours des siècles ont voulu la rendre plus belle. En 1996, le monastère des Ursulines de Tournai déposa à la cathédrale son somptueux tabernacle en cuivre doré et argent repoussé. Dans le courant de 1998, l’ébéniste tournaisien Bruno Denis l’a fixé dans les boiseries de la chapelle. Cette pièce remarquable est l’œuvre de l’orfèvre Jacques Lefebvre qui l’exécuta en 1734. Les annales du monastère racontent que les moniales ursulines avaient décidé à l’époque de faire le sacrifice des réjouissances traditionnelles pour réunir les 1600 florins demandés par l’artiste. Cette décision avait été prise à l’initiative de la Mère Marguerite Van Hoorn, originaire de Courtrai et fille d’un conseiller du Parlement de Flandre, établi à Tournai par le roi Louis XIV.

Il est vrai de dire qu’une cathédrale est un monde. Pour peu que le visiteur soit attentif, il rencontre tant d’hommes et de femmes qui l’ont précédé et dont les œuvres sont venues jusqu’à lui. A sa mesure, la chapelle du Saint-Esprit de la cathédrale de Tournai en est un témoignage.