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Le chapitre cathédral

Les origines de cette institution

Les chapitres cathédraux sont la survivance de l’antique presbyterium d’un évêque, c’est-à-dire de la communauté des prêtres d’un diocèse au temps où l’évêque vivait avec son clergé à proximité de sa cathédrale. C’était le cas des plus anciens diocèses, vers le VIe siècle. A mesure où apparaissent les communautés chrétiennes à travers un territoire relevant d’un évêque, le presbyterium urbain se dissémine et se ramifie en un nombre considérable de paroisses hors-villes. Le VIIe siècle, qui voit apparaître des communautés monastiques – prieurés et abbayes – aiguisa davantage encore l’éparpillement du presbyterium. Toutefois, pour pallier aux inconvénients et situations nouvelles que la difficulté des communications ne faisait que compliquer, l’évêque désigna des prêtres qui resteront groupés autour de lui et l’aideront dans sa charge. Une portion de terrain leur est attribuée qui comporte « dortoirs, réfectoires, celliers, infirmerie, hospice pour les vieillards, école, maisons des chanoines, étables et basses-cours » (concile d’Aix-la-Chapelle). Dans sa forme rigoureuse, est alors défini « le chapitre de l’évêque ».

Ce chapitre est astreint à la triple prière de l’office du jour, et de la prière nocturne au chœur. Au fond, il constitue une petite abbaye dont la porte reste entr’ouverte. La prière publique a toujours constitué l’activité principale des chanoines, en même temps que le souci de l’enseignement  et de bienfaisance. La cathédrale, l’église de l’évêque, devient le centre et le cœur de la vie canoniale. Comme bien souvent au fil de l’histoire de l’Eglise, cette mission n’a pas toujours été assurée avec la même ferveur. Les chapitres, souvent largement dotés par les libéralités de propriétaires, de seigneurs ou de rois, devenus constructeurs de nos grandes et majestueuses cathédrales, firent figure d’un clergé riche et opulent à côté des curés de misère des petites paroisses rurales. En outre, ils devinrent les agents d’une seigneurie ecclésiastique, en étroite collaboration avec le pouvoir civil et les rois carolingiens qui se succédèrent.

Dans plus d’une ville de chez nous, la construction des remparts fut l’œuvre du chapitre de la ville : derrière cette armure de pierre, gouvernants, évêque et gouvernés sont à l’abri. Les troubles et les fréquentes invasions provoquèrent, aux Xe et XIe siècles, l’exode de populations rurales qui se réfugièrent dans la ville épiscopale, l’obligeant plus d’une fois à élargir ses murailles, et conférant aussi un rôle religieux plus important à la cathédrale. Ce rôle historique du chapitre cathédral ne fit que renforcer son prestige et son autorité, avec les inévitables déviations de la puissance...

A Tournai, le chapitre cathédral est pratiquement sécularisé dès avant la fin du XIIe siècle. Les vitraux de la cathédrale de Tournai présentent encore les fiers officiers civils, bras droits et bras de fer des chanoines dans leurs robes doublées de fourrure et escortés au passage de l’admiration du petit peuple.

Il s’ensuivit, au fil du temps, d’inévitables conflits d’influence entre les corps ecclésiastiques détenteurs de droit du pouvoir civil et les corps laïcs garant de fait de la prospérité, de la sécurité et de la juridiction civile. Et d’autres que le chapitre cathédral prennent une place au soleil de plus en plus considérable et cherchent à obtenir des fonctions de plus en plus prépondérantes dans la vie sociale et politique.

A Tournai, le 27 décembre 1187, le roi Philippe-Auguste enlève la souveraineté de la ville au prélat et à son chapitre et la remet aux rouages bourgeois qui formeront la commune. La bourgeoisie triomphante plante alors fièrement son beffroi, au nez et à la barbe de la cathédrale. Le chapitre, dépossédé de son pouvoir souverain, s’attelle à décorer, orner et enrichir davantage sa cathédrale. Au jour d’aujourd’hui, nos cathédrales, du moins les plus anciennes, ne peuvent que se féliciter de cette page de notre histoire ! 

Il y eut cependant, longtemps encore, des bribes de conflits entre chapitre et pouvoir civil, des tracasseries et revendications réciproques, des tours pendables que chanoines et bourgeois de la ville se jouèrent mutuellement. Même si ces tensions sont depuis longtemps derrière nous, il en reste dans plus d’une de nos cités chargés d’histoire, des relents que charrie encore confusément la mémoire collective.

La désignation des chanoines fut toujours un droit réservé à l’évêque, encore que les pouvoirs civils successifs (et ce jusqu’à Louis XIV) revendiquèrent de partager ce droit avec l’évêque. Au XVIe siècle, les conditions exigées pour prétendre au canonicat étaient : être nobles de père et de mère, ou avoir conquis dans une université la licence ou le doctorat, soit en théologie, soit en droit (en 1786, Joseph II y ajouta la médecine). Le doyen du chapitre était nommé par ses pairs, il présidait aux offices et remplaçait l’évêque au chœur en son absence. Les charges et prérogatives qui sont attachés à sa fonction donnent à ce personnage une importance très grande, dans la cathédrale et dans la ville épiscopale. Le second personnage du chapitre était l’archidiacre ; il est l’œil et le bras de l’évêque, il a un droit de visite et de surveillance des clercs, des paroisses, des hôpitaux et même des monastères. Nous évoquons ces fonctions désuètes afin de souligner combien, au cours des temps et de l’évolution de l’Eglise, des pouvoirs accordés à un homme seul sont devenus des responsabilités partagées, des charges portées communautairement autour de l’évêque.

Le chapitre cathédral aujourd’hui

Le chapitre cathédral n’a bien évidemment plus aucun pouvoir civil, et n’en revendique aucun. Il n’a plus de pouvoir sur les autres membres du clergé diocésain, et n’en revendique aucun. De l’opulence des chanoines de jadis, la tradition séculaire leur a gardé une prébende, amusante petite obole dont ils sont gratifiés au prorata de leur présence à l’office.

Leur désignation relève de l’évêque, qui soumet leur nomination à l’approbation du chapitre, au titre d’une élégante déférence.

Leur mission est essentiellement d’ordre liturgique ; ils sont les témoins de la prière pour l’Eglise du diocèse, pour l’évêque et tous ceux qui partagent la charge pastorale au service du peuple de Dieu. Leur mission liturgique prend des formes et des figues variées selon les diocèses, selon les conventions locales ou selon les souhaits de l’évêque. 

Il garde cependant la mission de veiller aux biens et au Trésor de la cathédrale, en collaboration avec le Conservateur et la Fabrique de l’Eglise cathédrale. La charge pastorale que le chapitre a assurée pendant longtemps, est assurée de nos jours par le Conseil épiscopal, le Conseil presbytéral et, dans des modalités diverses selon les diocèses, par le Conseil pastoral des laïcs et les instances de gestion spirituelle et matérielle dans les régions pastorales, les doyennés et les paroisses.

Chanoine G. AGNEESSENS