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Le schéma directeur

La cathédrale Notre-Dame de Tournai est d’une architecture extrêmement complexe. Pendant huit siècles, avant d’arriver à la forme qu’il est possible d’admirer aujourd’hui elle a été perpétuellement refaite, consolidée, remaniée, par un labeur patient à travers une longue série de métamorphoses d’ampleur plus ou moins importante. Elle s’apparente dans cela à un palimpseste, ce morceau de parchemin continuellement gratté, lavé, pour pouvoir sans cesse y inscrire de nouveaux contenus. 

Comment traiter ce document précieux qui nous est parvenu fragilisé, rendre lisibles ses multiples messages partiellement couverts de taches, se dégageant difficilement du support qui présente lui aussi certaines faiblesses?

Prendre la responsabilité pour modifier telle ou telle disposition n’est pas dans ce contexte chose facile même si cela doit s’opérer dans le plus grand intérêt du monument.

En même temps il ne faut pas perdre de vue les raisons qui motivent le projet de restauration. Parfois d’ordre technique, sanitaire, parfois d’ordre esthétique, elles peuvent donner lieu à une modification significative de l’état actuel. Cette dernière ne peut se décider qu’en profonde connaissance du monument et de son histoire et, bien entendu, en tenant compte des incidences que tel ou tel choix peut avoir sur l’intégrité de l’architecture du monument, sa cohérence historique et archéologique enfin sur l’économie du projet; étant donné qu’à notre époque il est techniquement possible de mettre en œuvre pratiquement toute solution.

Dans ce contexte la nécessité de réaliser des études préalables à la restauration d’un monument historique est devenue aujourd’hui chose évidente. A travers les examens, les analyses, les études et leur synthèse l’architecte doit, en poursuivant ce langage de parabole, se mettre à l’écoute du monument, qui, tel un être vivant, ne manquera pas de lui dire ce qu’il attend de lui. Il doit ensuite traduire ce message pas toujours facile à comprendre afin de le transmettre au maître d’ouvrage et de justifier son parti de restauration.

Ce qui est déjà fait

Le travail mené par l’auteur de projet a abouti à la définition des urgences dont la mise hors d’eau a été réalisée en 2004, et à la définition des études complémentaires nécessaires à l’élaboration du projet de restauration. 

La multiplicité, la diversité et l’enchevêtrement de problèmes qui affectent la cathédrale de Tournai démontrent que la restauration d’aujourd’hui doit être un domaine pluridisciplinaire. 

Afin de définir le parti de restauration l’architecte doit en effet disposer de renseignements qui ne peuvent lui être fournis que par des spécialistes dans les domaines de la statique, de la géotechnique, de l’archéologie de l’histoire de l’art. Des techniques de pointe actuelles associées aux investigations archéologiques et des recherches documentaires permettent d’affiner la connaissance du monument, des évolutions qu’il a subies au cours de son histoire, d’analyser son comportement structurel, d’élaborer les méthodes de conservation et de restauration les plus appropriées. 

Ainsi par exemple une équipe composée d’architecte, d’ingénieurs, d’archéologues du bâti et de spécialistes en dendrochronologie a travaillé sur le problème des charpentes romanes et des couvertures de la cathédrale. Leur travail visait à dresser un état sanitaire de ces ouvrages exceptionnels de par leur ancienneté et de par leur conception, d’évaluer leurs capacités porteuses d’étudier les différents matériaux de couverture qui se sont succédés sur l'édifice et de proposer un parti de restauration des couvertures dont l’état est devenu alarmant. Ils ont procédé entre autres à une série des essais non destructifs sur les pièces des charpentes romanes du transept et des tours. Les résultats complétés des observations oculaires ont servi à l’élaboration d’un modèle numérique qui a permis de localiser et de comprendre les pathologies, et d’élaborer un projet de consolidation qui, compte-tenu du caractère unique de ces ouvrages, devra se faire avec un minimum d’interventions et un maximum d’efficacité. 

A également été réalisée une étude des décors peints et sculptés de la cathédrale, indispensable à la définition du parti de restauration. des élévations intérieures et extérieures du monument.

Parallèlement a été menée une enquête documentaire ayant pour but d’alimenter, d’appuyer et d’orienter les investigations menées in situ et en laboratoire.

Comité d’accompagnement scientifique 

Les projets et l’avancement des travaux ainsi que des études sont en principe supervisés par le Comité d’accompagnement du Certificat du Patrimoine qui regroupe d’un côté les représentants du propriétaire, de l’affectataire, de l’administration communale, provinciale et régionale et de l’autre côté des experts en histoire, en histoire de l’art, en archéologie, en géotechnique, en stabilité. Le rôle des experts est d’une part d’apprécier le travail qui lui est soumis par l’auteur de projet et d’autre part de lui faire part de leurs questions et de lui servir d’encadrement scientifique.

Le schéma directeur, un «déclencheur  indispensable»

A l’aube de l’année 2005 il est devenu évident que la restauration d’un édifice aussi complexe que la cathédrale Notre-Dame de Tournai ne peut pas se faire en l’absence d’une vision globale, concernant l’ensemble du monument. Le pouvoir subsidiant tout en maîtrisant les différents enjeux, et les choix qui leur seraient subordonnés, pourrait ainsi affecter un budget à ce grand chantier et de programmer et de déclencher et de gérer les opérations.

Le schéma directeur, commandé suite à ce constat à l’équipe des auteurs de restauration de la cathédrale de Tournai par la Région Wallonne, remis à cette dernière en janvier 2006, a pour ambition de fournir un outil polyvalent, permettant, tout en contrôlant les partis architecturaux adoptés, de prendre des décisions qui, à travers une gestion optimale de la dimension culturelle et touristique de ce grand monument lui assureraient une rentabilité économique à moyen et à long terme. 

La cathédrale attend une longue restauration qui va s’étaler sur plusieurs années peut-être même sur des décennies. Le chantier ne doit pas être ressenti comme une fatalité. Dans le passé presque toutes les cathédrales fonctionnaient parallèlement aux travaux de construction ou de reconstruction. Ceci dit, des solutions architecturales accompagnées de moyens techniques adéquats doivent être mis en œuvre afin d’assurer à l’édifice l’ouverture au public et le maintien du culte dans de bonnes conditions. 

S. SWIECIOCHOWSKI