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Un patrimoine menacé

© Marie BouillonLa cathédrale de Tournai est sans aucun doute l’un des plus importants monuments de la Belgique. Monument phare de la région, un véritable emblème pour la ville. Cet exemple rare d’église romano - gothique à cinq monumentales tours à la croisée du transept, et d’une des plus anciennes charpentes d’Europe, a été inscrit sur la liste du Patrimoine Mondial de l’Humanité de l’UNESCO.

Ancrée dans le paysage de la ville depuis plusieurs siècles, la cathédrale de Tournai était toujours le centre de sa vie spirituelle, religieuse et, en partie aussi sociale. 

Aujourd’hui, si la qualité de son architecture, de ses décors, la richesse des œuvres d’art qu’elle abrite mettent en admiration; son état de conservation, ses problèmes de stabilité suscitent des inquiétudes.

A la fin de l’année 2001, le Comité d’Accompagnement de la Restauration de la Cathédrale de Tournai, composé de représentants de l’administration de la Région Wallonne, de la Province de Hainaut, de la Ville de Tournai et d’experts Belges et internationaux en différents domaines a, par voie de concours désigné un auteur de projet de restauration. L’équipe retenue composée de M. Vincent Brunelle , architecte en chef des monuments historiques (mandataire), de Slawomir Swieciochowski, architecte, et de Pascal Asselin, économiste- vérificateur, s’est alors vue confier le projet de restauration des parties romanes de la cathédrale à l’exclusion, toutefois, des problèmes de stabilité réservés à Monsieur Arille Tilmant, ingénieur conseil de la Province de Hainaut, désigné par cette dernière auteur de projet de stabilité.

La maîtrise d’ouvrage est actuellement assurée par la Province de Hainaut mais c’est la Région Wallonne qui subventionne les travaux de restauration à hauteur de 95%. 

Problèmes affectant l’équilibre statique de l’édifice

Le chœur de la cathédrale qui depuis 1965 fait objet d’études de stabilité approfondies pâtit de nombreux problèmes qui se manifestent principalement sous la forme d’importantes déformations des voûtes, des déformations des arcs-boutants, d’importants déversements de piliers. Les études préalables ont révélé que cette partie du monument, conçue selon un parti architectural très audacieux, a été sujette à d’importants problèmes de stabilité pratiquement depuis son érection. Son histoire est parsemée des interventions plus ou moins importantes visant à améliorer le comportement statique de sa structure.

Un édifice gothique du XIIIe siècle, comme c’est le cas du chœur de la cathédrale de Tournai est une sorte de dentelle en pierre, assez souple malgré les apparences. Elle subit en permanence des mouvements dus au vent, aux variations thermiques saisonnières et diurnes à la rotation de la Terre. Bien entendu tous ces mouvements ne peuvent pas rester sans conséquence sur la structure, montée à partir d’éléments en pierre n’ayant pratiquement aucune souplesse, bien que l’emploi des mortiers de chaux pour monter les maçonneries anciennes améliore nettement la situation. Cette conséquence c’est une déformation des structures aux endroits où la structure se «cherche» une certaine liberté dont, bien évidemment, l’apparition des fissures. Ces dernières, résultant de ce «va – et - vient» perpétuel, ne sont pourtant pas obligatoirement pathogènes.

La principale difficulté consiste à distinguer la pathologie structurelle de ce qui est son comportement normal et par là même sans grand risque pour la stabilité de l’édifice. C’est le but des études préalables, qui réalisées par une équipe pluridisciplinaire permettront de bâtir un parti de consolidation juste, fiable et respectueux des valeurs inhérentes à l’édifice.

Suite à la tornade le chœur a été immobilisé de façon provisoire à l’aide d’un système de tirants - butons passés transversalement à différents niveaux. Des tirants diagonaux assujettis à un tambour en métal ont également été mis en place. Ces travaux ont été réalisés sous la direction de M. Arille Tilmant, ingénieur conseil de la Province de Hainaut, auteur de projet de stabilité.

Consolidation de la Tour Brunin – un chantier terminé

La tour Brunin présente un dévers de 80 cm généré principalement par ses conditions de fondation. Une partie des fondations prend en effet appui sur des remblais dont les capacités porteuses sont inférieures à celles du promontoire rocheux qui parcourt le sous-sol de la cathédrale, en diagonale, du Nord-Est au Sud-Ouest, à faible profondeur, en offrant les conditions d’assise optimales pour une bonne partie du chœur, du transept et de la tour Brunin. Le mouvement de dévers a par ailleurs été accentué par la poussée de la voûte du croisillon Nord du Transept ainsi que par la suppression après la Seconde Guerre Mondiale de l’ancienne chapelle paroissiale construite au XVIe siècle par le roi Henri VIII d’Angleterre.

«Attachée» au préalable aux tours voisines avec un système des tirants la tour a fait récemment objet des travaux de consolidation par la méthode de «jet-grouting», retenue par les experts comme offrant les meilleures garanties. Il s’agit d’une intervention sur le sol meuble situé sous les fondations. Ses capacités porteuses sont améliorées par l’injection d’un tourbillon de coulis spécial transformant le sol porteur en une sorte de béton.

Ces travaux sont aujourd’hui terminés hormis la dépose de certains ouvrages provisoires parmi lesquels les tirants et le tabouret métallique dans le transept.

Problèmes dus à l’usure du temps et à l’action de l’homme

Outre les problèmes de stabilité la cathédrale pâtit de problèmes de conservation affectant:

- ses couvertures dont l’état généralement médiocre est particulièrement préoccupant dans la zone du transept; 
- ses charpentes romanes qui présentent un certain nombre de désordres;
- des élévations intérieures encrassées et peu satisfaisantes sur le plan esthétique et historique;
- des élévations extérieures présentant des pathologies de la pierre, notamment dans le chœur;
- ses décors sculptés dont ceux de la porte Mantile qui se trouvent particulièrement menacés; 
- des décors peints médiévaux du chœur, du transept et en particulier ceux de la chapelle Sainte-Catherine altérés par les entrées d’eaux pluviales;
- des vitraux dont l’état est particulièrement inquiétant dans le chœur;
- des revêtements de sol altérés et partiellement déposés lors des différentes campagnes des travaux;
- de la conservation et de la restauration des orgues.

Problèmes liés à la mise en valeur du monument

Il est aujourd’hui impossible de penser la restauration d’un édifice tel que la cathédrale de Tournai sans prendre en considération son contexte général. Faisant parti intégrante du paysage urbain la cathédrale doit être approchée comme l’élément d’un ensemble et non seulement comme un élément en soi. Aussi la réflexion sur la restauration et la mise en valeur de la cathédrale ne doit en aucun cas se faire sans réflexion plus générale sur ses abords, sur son fonctionnement à court, moyen et long terme.

La cathédrale n’est pas seulement un grand monument en pierre; elle est aussi et surtout le fruit de la pensée humaine mue par un élan spirituel profond qui se reflètent entre autres dans les éléments d’ambiance, générateurs des émotions, affectant l’ensemble des sens de l’homme: non seulement la vue, mais également l’ouïe le toucher, et l’odorat. Or, autrefois inondée de couleurs, remplie de parfums d’encens et des fleurs, de sons de cloches, qui reparties dans les quatre tours menaient entre elles un véritable dialogue, de chants religieux supportés par les orgues entremêlés des voix du public réduits au murmure dans le respect de ce grand lieu de recueillement, elle est aujourd’hui étrangement silencieuse et sent la poussière... 

Un monument aliéné de son contexte urbain et social

La cathédrale est au centre de la cité et participe à sa vitalité, lieu de passage, de traverse entre le centre des affaires municipales et commerciales au Sud sur la colline et le quartier du fleuve autre lieu économique, culturel et résidentiel du Nord de la ville. Cette fonction urbaine où le piéton traverse par les porches la cathédrale, lui offrant ne serait-ce qu’un bref instant de répit pour certains, de recueillement et de prière pour d’autres a été interrompue par les travaux. 

La fermeture prolongée a produit des effets néfastes sur la ville et ses habitants voire même sur son économie. Le chantier lui-même semblait subi par les habitants. Un relatif manque d’information contribuait à un phénomène d’incompréhension d’une part des pathologies affectant la cathédrale et d’autre part des interventions de diverses natures qu’ils voyaient se succéder. Outre les clôtures du chantier, une barrière invisible grandissait entre ce qui fut à une époque le cœur de la ville et les citadins.

Si l’importance des chantiers actuels perturbe la fonction liturgique en réduisant la surface de la cathédrale, il est indispensable de laisser ouvert l’édifice et que le culte continue à être pratiqué.

Le problème du  chantier archéologique

Si les archives renseignent assez bien sur l’histoire de la cathédrale actuelle, l’histoire des édifices qui l’ont précédée est relativement mal connue. Un grand espoir est lié à la grande campagne des fouilles archéologiques, qui s’est d’ores et déjà révélée très prometteuse. En effet des vestiges de l’une des tours du massif occidental de la cathédrale préromane ont été mis au jour dans le bas-côté Sud. Des bétons de sol de couleur rose de l’édifice préroman ont été mis en évidence à plusieurs endroits dans la nef et dans le transept. Les fouilles menées à l’emplacement de l’ancien cloître ont révélé des vestiges de cloîtres antérieurs ainsi que des substructures plus anciennes remontant au IV-ème siècle. Celles conduites dans le bas-côté Nord ont mis au jour des vestiges d’une cuve baptismale carolingienne, ainsi que des vestiges de constructions atteignant l’époque romaine. Enfin le sous-sol de la dernière travée de la nef a livré des vestiges de la disposition du chœur de l’église préromane ainsi que, utilisés en remploi, quelques éléments d’architecture semblant appartenir à un temple romain.

Des solutions architecturales adéquates ont été proposées par l’auteur de projet de restauration afin que ce chantier puisse être continuée sans entraver le fonctionnement normal de la cathédrale. 

S. SWIECIOCHOWSKI