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L'ambon vu par un guide

© Pierre PeetersVoilà bien un monument de la cathédrale Notre-Dame de Tournai qui interpelle les visiteurs, en choque visiblement certains par la rupture de style qu'il représente, mais en inspire d'autres qui le comprennent. Dressé à l'entrée du chœur gothique du XIIIe siècle, il crée une séparation entre la partie clergé de la Cathédrale et celle des fidèles dans l'église.

De tels ambons, aussi nommés jubés ou 'chancels', remontent à une ancienne tradition des premiers siècles chrétiens. Ils n'étaient, à l'origine, qu'une sorte de barrière doublée, à partir du VIIe siècle de chaires pour les lectures de textes sacrés et de tribunes pour les chantres.

Au Bas Moyen Âge, les ambons deviennent de véritables cloisons derrière lesquelles se célèbre l'Eucharistie en une liturgie que beaucoup de fidèles ne comprennent plus. Il n'est dès lors pas très surprenant que les nouveaux mouvements contestataires du XVe et surtout du XVIe siècle s'en soient pris à eux. A Tournai, le jubé gothique sera abattu par les Iconoclastes en 1566.

Quelques années plus tard, le Chapitre des Chanoines fait reconstruire un ambon à l'emplacement du précédent. L'architecte et sculpteur Corneille Floris de Vriendt se chargera de son édification en s'inspirant de la tradition des arcs de triomphe romains qui frappent les imaginations des artistes de la Renaissance. L'influence de l'Italie se sent nettement dans les matériaux utilisés, l'apport de différentes teintes, - qui aujourd'hui n'apparaissent clairement que les jours où il est clairement illuminé -, et dans les formes des personnages décoratifs en stuc.

Dès 1572, le nouvel ambon se présente aux Tournaisiens sous la forme de trois arcades en plein cintre posées sur des colonnes doriques en marbre rouge et de chapiteaux noirs. Il est orné de trois statues d'albâtre: au centre, la Vierge Marie et l'Enfant, entourée de part et d'autre par Saint Piat, le premier missionnaire venu à Tournai, et Saint Eleuthère, un des premiers évêques de la ville. 

Le mot jubé provient de la formule latine Jube Domine Benedicere (Veuillez, Seigneur, me bénir) que prononce le lecteur ou le diacre qui, avant de monter sur la tribune, demande la bénédiction de l'évêque.

Le Concile de Trente (1545-1563) avait recommandé que le peuple soit encouragé à participer à l'Eucharistie en assistant directement au déroulement de la liturgie. En conséquence, la plupart des jubés furent détruits, démantelés ou déplacés au XVIIe ou au XVIIIe siècle. Ils furent conservés en Angleterre ou en Allemagne, dans les régions qui échappaient à l'influence du concile.

A Tournai, le jubé fut maintenu parce que les fidèles avaient déjà la possibilité de participer à l'Eucharistie dans la chapelle-paroisse Notre-Dame - aujourd'hui disparue - qui s'élevait le long de la basse-nef nord de la Cathédrale. Les cérémonies de l'autel y étaient bien visibles.

La polémique relative à son emplacement, que certains jugent un peu agressif, a ressurgi de nombreuses fois à l'occasion de restaurations et transformations diverses. L'on ne peut cependant nier que ce chef d'œuvre de de Vriendt est porteur d'un message d'une haute portée spirituelle: en effet, il illustre dans cette position centrale dans la Cathédrale le thème de la Passion du Christ, qui culminait anciennement dans la croix triomphale et les statues de Marie et de Jean sur la poutre de gloire qui marquait l'entrée du chœur.

Le majestueux ambon de la Cathédrale illustre dans ses bas-reliefs carrés tout le cheminement de la Passion, depuis la flagellation et le jugement de Pilate, jusqu'à la mise au tombeau et la résurrection, en passant par le portement de la croix et la crucifixion. Dans les médaillons circulaires, chacun de ces éléments du Nouveau Testament est mis en rapport avec le texte biblique qui lui correspond.

F. VANDE PUTTE