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La croix byzantine



Le 18 février 2008, la Croix byzantine fut volée au Trésor de la cathédrale.

Des malandrins organisèrent un hold-up et en quelques minutes - le temps nécessaire à l'arrivée de la police alertée par le fonctionnement des alarmes - dérobèrent la croix byzantine ainsi que d'autres pièces de valeur. Des personnes qui se trouvaient menacées par les armes, deux heureusement ne furent que légèrement blessées, les autres en furent quittes pour la peur.

Depuis le XIIIe s., le reliquaire de la " Vraye Croix ", orfèvererie byzantine du XVIIe s. -XVIIIe s., était conservé à la cathédrale et fut lié à l'histoire de Tournai. Beaucoup de nos souverains Rois de France, Comtes de Flandre, Ducs de Bourgogne, gouverneurs espagnols et autrichiens la vénérèrent. Tous les magistrats tournaisiens de l'Ancien Régime prêtèrent serment sur la relique de la croix du Christ.

Elle avait échappé aux troubles du XVIe s. et de la Révolution française, aux guerres et aux malheurs des temps. La technologie du XXIe s. - vitre anti-effraction,alarmes sismiques et volumétriques -, n'a pas résisté à la violence et aux appétits cupides de voleurs sacrilèges...


Histoire


Ce reliquaire qui est une croix pectorale d’origine orientale (encolpion), contient un fragment de la vraie croix (d’où son nom au Moyen-Age). La dater est assez difficile : la technique de séparation des perles par un anneau d’or remonte au VIe  siècle. Quant à celle du sertissage de gemmes utilisées, elle disparaît au XIIIe siècle. On peut donc raisonnablement penser qu’elle a été façonnée aux VIIIe-IXe siècles.

Un document du XIVe siècle, conservé aux archives de la cathédrale, en recopie un autre de 1225 dans lequel figure la mention : VERA CRUX, DONO JOHANNIS BLIAUT MILITIS. Cependant, il semble que la croix byzantine apparaisse sur le sceau du chanoine Hugues d’Arras sanctionnant un document de 1217.

Contrairement à une opinion répandue au XIXe siècle par Charles de Linas et fréquemment reprise dans la suite, la " Vraye Croix " n’est pas un don fait à la cathédrale par Baudouin, empereur de Constantinople et comte de Flandre et de Hainaut.

Il semble plutôt qu’elle ait été offerte à la cathédrale par le chevalier hennuyer Jean Bliaut, que Geoffroy de Villehardouin mentionne à plusieurs reprises dans son œuvre La conquête de Constantinople. Ce serait un cadeau de remerciement pour le secours apporté aux Croisés en péril après le siège de Constantinople. La croix byzantine serait ainsi arrivée à la cathédrale de Tournai en 1205.

Description

Il s’agit d’une croix pattée constituée de plaques d’or assez peu épaisses et ornée de perles, pierres précieuses et pâtes de verre.

La face présente un cristal de roche qui permet d’entrevoir un minuscule fragment de la vraie croix. Ce cristal aux arêtes bien marquées et au poli impeccable ne doit pas être l’original. D’autre part l’observation de la sertissure montre une déchirure qu’un éventuel changement pourrait expliquer. Cette face est ornée de quarante-huit pierres précieuses réparties en quatorze rangées de trois. 

Le revers présente le même décor, mais les pierres sont réduites à trente-deux, réparties deux à deux. Au centre de la croix se trouve un émail cloisonné dont le fond est d’un beau vert, mais la bague de sertissage assez quelconque. Mais le dessin formé par les cloisons d’or et les figures de trèfles et de cœurs d’émail blanc et rouge est d’une remarquable finesse. Cet émail de plique n’était peut-être pas monté d’origine sur la croix. Il s’agit d’un bijou, byzantin d’origine, mais que l’on a également fabriqué en Europe et à Paris, notamment. 

Les plaques d’or qui forment le fond de l’avers et du revers du reliquaire ont été percées pour y insérer les gemmes. Pour éviter de déchirer l’or, l’orfèvre a délimité d’un trait finement ciselé, la zone à soulever qui est destinée à maintenir les gemmes, comme une boîte pourrait le faire.

La tranche de la croix reliquaire est délimitée par un double filigrane perlé. Aux extrémités apparaissent de plus grosses perles fines. La partie centrale est décorée de petits cabochons. Mais la tranche du dessus qui comportait autrefois un anneau, scié en 1950, a perdu ses pierreries.

Madame Demeure, des facultés Notre-Dame de la Paix de Namur, a identifié les différentes pierreries qui ornent la croix sans les ôter de leurs alvéoles. Elle a constaté huit pâtes de verres : quatre bleues et quatre vertes. Elle a quelques hésitations à déterminer la nature des pierres rouges qui peuvent être des rubis, des grenats ou des spinelles. Par contre, elle dénombre avec sûreté : onze émeraudes, onze améthystes, neuf cristaux de roches, sept cornalines, trois saphirs, trois grenats et une calcédoine. Elle cite encore parmi les cabochons : vingt pierres naturelles, dont deux bleues non identifiées. Toutes les pierres sont taillées en table ou en cabochon sauf deux cristaux de roche et une pâte de verre bleue qui sont placés dans des chatons.

Utilisation liturgique

L’usage liturgique de la croix byzantine était assez varié. Plusieurs fois par an, la relique était processionnée dans la cathédrale ou hors de celle-ci. Certains jours de foire, elle était exposée à la vénération publique sur le marché. 

Elle était également utilisée lors des serments des souverains et à l’occasion de ce que nous appelons depuis le XVIe siècle les Joyeuses entrées. De même, elle accompagnait les cérémonies qui se déroulaient dans la cathédrale lors des visites de grands personnages à l’occasion de la prise de possession du siège épiscopal par le nouvel évêque.

Elle est toujours processionnée dans la ville avec d’autres reliques le deuxième dimanche de septembre.

Heurts et malheurs

Comme d’autres reliques toujours visibles aujourd’hui à la cathédrale, elle connut les aléas de certains troubles.

Lors des luttes entre catholiques et protestants, particulièrement à la mise à sac de la cathédrale par les Iconoclastes, elle put facilement être cachée, en raison de ses dimensions assez réduites. 

Elle passa sans dommage les premiers temps de la Révolution française à Tournai. En 1797, le 17 décembre, la cathédrale fut fermée à l’exception de la chapelle occupée par la paroisse Notre-Dame. Le reliquaire fut confié à la paroisse en 1798. Mais la partie de la cathédrale occupée par la paroisse fut fermée à son tour et la croix byzantine disparut, mais non sans d’adresse puisqu’une lettre rédigée par Monseigneur Hirn, évêque concordataire désigné par Napoléon, datée de 1805, nous indique où elle se trouvait pendant les années les plus difficiles de la Révolution. Le nouvel évêque de Tournai remercia la veuve Gobert, dont le négoce se trouvait proche de la Madeleine, d’avoir restitué la croix byzantine à la cathédrale. La lettre nous apprend que le chapitre avait livré le reliquaire en gage d’une somme de cent nonante et un florins du Brabant que la perte de ses biens, devenus nationaux, l’empêchait de payer à la veuve Gobert. Il s’agit d’un processus de pseudo dette que le chapitre a utilisé également pour les châsses de Saint-Eleuthère et de Notre-Dame. Pour la châsse de Nicolas de Verdun, la ruse tourna mal et entraîna l’évêque dans un long procès. Mais ceci est une autre histoire…