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La tapisserie d'Arras

Parmi les plus grands trésors de la Cathédrale Notre-Dame de Tournai figure au tout premier plan cette double série de tapisseries de métier réalisées à d'Arras en 1402. Elle raconte la vie des saints Piat et Eleuthère, respectivement l'évangélisateur de nos contrées et l'un des premiers évêques connus de Tournai.

La période la plus prospère de la production de tapisseries à Arras se situe durant la 1ère moitié du XVe siècle, lorsque les ducs de Bourgogne chargent ses ateliers de réaliser de nombreuses tentures de chœur, dont celles-ci sont probablement les plus anciens exemples conservés.

© Pierre Peeters



Le chanoine Toussaint Prier (+1437), qui avait été aumônier du duc Philippe le Hardi, fut reçu au Chapitre de la Cathédrale en 1394. Il commanda aux ateliers arrageois une œuvre de toute grande valeur pour décorer le chœur de Notre-Dame. Ces tapisseries ornaient les hautes stalles aux grandes fêtes.

Lors de la modification du chœur au 16e siècle, elles furent remplacées par celles de l’évêque Charles de Croy et remisées à l'écart. Le chanoine Wauquier en empêchera la vente, tandis qu'un autre chanoine les fera restaurer. Mises à l'abri lors de la Révolution française, elle seront réputées perdues pendant un demi siècle.

Un inventaire minutieux en fait état en 1843, suite à quoi Mgr Vosin, conservateur et grand restaurateur de la cathédrale, leur consacrera une étude. Elles consistent en une série d'une quinzaine de tableaux, d'une dimension totale de 22m sur 2.10m. Par chance, seuls 3 épisodes manquent, notamment celui qui comportait l'inscription relevée par le chanoine Du Fief au XVIIe siècle: "ces draps furent faicts et achevés en Arras par Pierrot Feré - l’an mil quatre cent et deux - en décembre mois gracieux - Paulo inferius - veuillez à Dieu tous Saincts prier - pour l’âme de Toussaint Prier."

Ce Pierrot Feré était un bourgeois et notable d’Arras. En tant que hauteliceur possédant un atelier en ville, il siégeait comme membre de la ‘Vingtaine’, sorte de tribunal régissant drapiers et métiers connexes.

Après une première restauration sommaire en 1875, les tapisseries furent restaurées à la Manufacture Royale de Tapis de Tournai et placées aux murs de la Chapelle du Saint Esprit. L'intervention de 1876 fut appréciée à l'époque, bien qu'elle ait substantiellement modifié leurs aspect. Ce n'est qu'en 1938 que la tenture fut débarrassée d'encombrantes bordures qui y avaient été ajoutées. Elle fut alors nettoyée et restaurée aux frais des amis du chanoine Warichez. Elle a été rafraîchie récemment à la Manufacture Royale de Tapisseries De Wit de Malines et pourvue d'une doublure par les ateliers du Crecit de Tournai.

La guerre de 1940 faillit être fatale aux tentures du chanoine Prier. Elles ne durent leur salut qu'aux détenus de la prison qui, avec leurs gardiens, leur directeur, M. Lambert, et quelques volontaires, les arrachèrent des flammes, le 18 mai 1940.

Cette œuvre remarquable et précieuse par sa rareté présente les caractéristiques des tapisseries de son époque: l'absence de perspective réelle, sauf dans la dimension relative des personnages, le nombre limité de tons utilisés, la naïveté de la représentation. Elle ne comporte pas de fils d'or ou d'argent.

F. VANDE PUTTE