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La châsse Notre-Dame

© Pierre PeetersAprès avoir perdu son importance depuis le départ des Francs, Tournai, leur ancienne capitale, retrouve au XIIe siècle, un évêque qu’elle ne doit plus partager avec Noyon. A cette époque, une nouvelle cathédrale de style roman sera achevée. L’église mère d’un vaste diocèse acquiert plus d’importance encore, car depuis la fin de la peste en 1090, elle est devenue un centre de pèlerinage fréquenté. Un nouvel évêque, au tournant du XIIIe siècle, va jouer un rôle majeur. Etienne d’Orléans, dit de Tournai, réformateurs des monastères à Orléans, puis à Paris, parrain du roi de France  Philippe Auguste, est aussi dynamique que déterminé à donner à Tournai un prestige inégalable.

Il est donc hautement probable qu’il ait voulu doter sa cathédrale d’un reliquaire prestigieux et, dans ce but, fait appel à l’un des plus grands artistes de son temps, Nicolas de Verdun, qui va réaliser la Châsse Notre-Dame, ainsi nommée, non parce qu’elle renfermait des reliques de la Vierge Marie - ce que l’on a parfois erronément pensé - mais parce qu’elle sert d’écrin aux reliques de la cathédrale dédiée à Notre-Dame.

Nicolas de Verdun est à l’époque un artiste de renom qui a déjà réalisé les émaux de l’ambon de l’abbatiale de Klosterneuburg, près de Vienne en Autriche. Il a sculpté les prophètes de la châsse des rois mages qui est conservée à la cathédrale de Cologne. Il va réaliser à Tournai une châsse qui sera, d’après les spécialistes, l’apogée du style 1200 qui se caractérise par l’émancipation des sculptures des rigides canons romans, en assouplissant les drapés qui vont laisser deviner les corps et en donnant aux personnages un maximum d’expressivité.

Le réalisateur a conçu ce coffret recouvert d’or et d’argent selon une taille assez modeste : 162 cm de long sur 90 de haut et 70 de large. Sur les flancs, on découvre la vie de Marie en quelques scènes : l’Annonciation, la Visitation, la Nativité, la Fuite en Egypte et la Présentation au Temple. Le haut relief du Baptême du Christ assure la transition avec l’essentiel de l’acte salvateur du Christ qui est représenté sur les longs versants du toit de la châsse : la Flagellation, la Crucifixion, la Descente aux Enfers, la Résurrection et les Apparitions à Marie-Madeleine et à Thomas. Aux pignons, on peut admirer un Christ en majesté entouré d’anges porteurs des instruments de la Passion et une Adoration des Mages où Marie apparaît couronnée, ce qui est rare sinon unique pour l’époque. Vingt fines colonnettes ciselées séparent les scènes, et dans les archivoltes, on trouve des plaques émaillées et un semis de pierres précieuses et semi-précieuses.

Déchiffrer le sens de chaque scène suppose qu’on la lise selon les règles de la symbolique médiévale où la position des mains et des pieds, par exemple, renvoie à une signification particulière. 

© Pierre PeetersCependant si l’on étudie la scénographie des représentations à une époque où des habitudes et des canons précis formaient un cadre rigide et imposé à ce qu’on entendait représenter, on s’aperçoit que Nicolas de Verdun s’affranchit de toutes les contraintes pour faire œuvre vraiment originale.

La lecture des scènes telles qu'on les voit aujourd’hui est parfois rendue difficile en raison des interventions des différents restaurateurs d’une châsse qui en ces huit siècles d’histoire a connu quelques aventures malheureuses et des restaurations catastrophiques au XVIe et au XVIIIe surtout.

Outre que depuis 1092, elle fut processionnée à travers les rues de la ville et même aux alentours, la châsse était fréquemment exposée à la dévotion populaire à l’intérieur et à l’extérieur de la cathédrale sur la place publique aux grandes foires de la cité. Mais elle parcourut plusieurs fois des routes du diocèse, quand une nécessité spirituelle réclamait sa présence tutélaire dans l’une ou l’autre ville ou plus prosaïquement quand les chanoines avaient besoin de fonds pour construire, embellir, agrandir ou réparer la cathédrale. 

Elle échappa à la fureur des Iconoclastes parce qu’avant qu’elle ne quitte Tournai pour Douai, elle avait été cachée dans la paille de la grange du chapitre. Une restauration eut lieu à son retour qui manifestement n’était pas à la hauteur de l’œuvre de Nicolas de Verdun si l’on en juge par le Christ de la Flagellation qui d’après le restaurateur Cloquet (vers 1890) est témoin des remaniements du XVIe siècle.

Le XVIIIe siècle, dont l’art nous ravit aujourd’hui, comprenait assez mal l’art médiéval et la restauration de la châsse à cette époque fut catastrophique : on la plongea dans un bain d’or, dont les impuretés, en soufre notamment, criblèrent de trous minuscules les hauts reliefs de Nicolas de Verdun.

La révolution française menaça de nouveau la châsse que le chapitre confia en 1796 à la veuve du gestionnaire de ses caves. 

Pour mettre le chef d’œuvre à l’abri, le chapitre avait délivré à la veuve Criquillion une reconnaissance de dette qui était en fait un subterfuge pour justifier que la châsse ait quitté la cathédrale. Mais le second mari d’Anne-Marie Criquillion ne voulut rien savoir de la ruse et présenta à Mgr Hirn la créance du chapitre. Le nouvel évêque comprit qu’on voulait l’abuser et refusa de payer ce qui l’entraîna dans un long procès qu’il remporta après trois ans en 1807. La châsse était bien la propriété du chapitre…

Au XIXe siècle, quand les styles médiévaux furent de nouveau en vogue, le conservateur de l’époque interrogea les autorités qualifiées par lui de « compétentes entre toutes » sur la valeur de la châsse. Le verdict fut net et sans appel. L’œuvre de Nicolas de Verdun était « bonne à ranger dans le coin le plus sombre d’un musée d’antiquités »…

© Pierre PeetersLe chanoine Huguet, abasourdi, avait repéré la présence des gemmes sous l’épaisse couche d’or. Il prit le conseil d’un ingénieur-architecte de Tournai, Louis Cloquet, professeur à l’université de Gand, avant de remiser la châsse aux poubelles de l’histoire. Bien lui en prit, car Louis Cloquet restaura la châsse en 1890 et lui donna l’aspect sous lequel nous pouvons encore la voir aujourd’hui.

La restauration fut parfaite d’un point de vue technique. Malheureusement, on pensait alors, à partir d’un détail retrouvé, restituer un ensemble. Les critères et les possibilités d’études étaient plus limités que de nos jours. Quelques interprétations sont éminemment  discutables dans la compréhension théologique et symbolique. Quelques fautes d’esthétiques sont manifestes, le crétage en étant une preuve suffisante.

Mais cette restauration, au-delà de ses défauts, a permis que nous puissions admirer un chef d’œuvre que des autorités en matière d’art condamnaient à  une époque où l’abbatiale de Cluny, la plus grande église de la chrétienté, fut détruite avec la bénédiction du ministère des arts et de la culture…


A propos de la châsse : un livre sur la châsse Notre-Dame de la Cathédrale de Tournai

L’asbl Incipit publie un livre de Pierre-Louis Navez, conservateur du Trésor de la cathédrale Notre-Dame de Tournai, et Pierre Peeters, photographe, sur la châsse Notre-Dame, une œuvre d’art magistrale que l’on peut admirer à la cathédrale.

En 1205, l’orfèvre Nicolas de Verdun livre à la cathédrale Notre-Dame de Tournai une châsse que l’on considère comme une des œuvres principales de l’auteur et un des sommets du Style 1200. Il semble bien que ce soit l’évêque Etienne d’Orléans, dit de Tournai, qui l’appelle pour donner à sa cathédrale une châsse qui soit à la hauteur de son diocèse. Depuis, la châsse fait partie du Trésor de la cathédrale de Tournai, classée Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’Unesco. 

Tout admirable qu’elle soit, cette châsse a failli disparaître lors des destructions des iconoclastes au XVIe siècle et à la Révolution française. Mais, le comble était à venir : au XIXe siècle, des autorités compétentes conseillèrent de la reléguer dans le coin le plus sombre d’un musée d’antiquités. Une restauration s’imposait. Elle fut effectuée en 1890. Elle sauva sans doute le chef-d’œuvre de Style 1200. 

Le livre de Pierre-Louis Navez et Pierre Peeters retrace l’histoire de la châsse, la situant dans son contexte historique et artistique. Puis il analyse les scènes représentées de la vie de Notre-Dame qui se trouvent sur les flancs de l’édicule et celles de la Passion et de la Résurrection du Christ qui ornent le faîte.

Voir comment Nicolas de Verdun s’affranchit des règles rigides de l’Art roman pour nous préparer l’Art gothique, c’est prendre conscience de son génie. Analyser ses sources – les Évangiles reconnus par l’Eglise mais aussi les apocryphes qui soutiennent la dévotion de ce temps – c’est apporter la compréhension du croyant. L’analyse aborde également une série de questions qui se sont posées lors de la restauration du XIXe siècle et surtout les choix auxquels le restaurateur a été confronté. 

L’asbl Incipit

Cet ouvrage a été produit et réalisé par l’asbl Incipit. Créée à la demande de Mgr Harpigny, cette association a pour mission la valorisation et la promotion du patrimoine religieux du diocèse de Tournai auprès du plus grand nombre.

Dans la Province de Hainaut, plus de la moitié des édifices et des œuvres d’art a, ou a eu, une fonction cultuelle, liturgique ou religieuse. Notre cathédrale – reconnue comme Patrimoine mondial de l’Humanité par l’Unesco – les édifices répartis dans le diocèse et les œuvres d’art qui les ornent constituent un patrimoine culturel commun aux Hennuyers, à la Wallonie, à l’Europe et à l’Humanité entière.

Acquérir l’ouvrage

Tous les amateurs d’art et amoureux du patrimoine pourront trouver ce livre exceptionnel dans les librairies et dépôts diocésains au prix de 44 €. Ou le commander auprès de Incipit

INCIPIT asbl
Place de l’Evêché 1 
7500 Tournai

Chanoine P.-L. NAVEZ