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Eglise mère du diocèse, la cathédrale de Tournai est un haut lieu de culte et de prière pour les fidèles hennuyers. Au fil de l'année liturgique, la Grande Dame vit au rythme des célébrations présidées par Mgr Harpigny, entouré du Chapitre et de la Maîtrise.
Ordination au ministère presbytéral de Cédric Lemaire
Homélie de Mgr Harpigny
Cathédrale de Tournai, 26 juin 2010.
Cher Cédric,
Entre les mains du Seigneur, tu remets aujourd’hui ton esprit. Tu rends grâce pour ta naissance, tes parents, ta famille, tes proches. Tu brosses un rapide parcours de ta jeunesse, de ton éducation. Tu fais mémoire des événements qui t’ont permis de discerner un appel à devenir prêtre.
En même temps, tu comprends peut-être mieux en ce jour le chemin long et sinueux qui, depuis ton ordination au ministère de diacre fin 2002, aboutit à l’ordination sacerdotale en 2010. Nous ne pouvons que constater combien furent difficiles le discernement personnel, le discernement de l’Eglise pour reconnaître en toi un disciple du Christ appelé à devenir prêtre dans le diocèse de Tournai. Parmi les éléments décisifs, je cite le choix de demeurer dans le diocèse de Tournai ; les mois d’activité professionnelle dans le monde de l’enseignement ; l’insertion pastorale dans l’unité pastorale de Marchienne-au-Pont ; et surtout la confiance croissante en l’évêque et en ses collaborateurs du Séminaire de Tournai et du Séminaire Saint-Paul à Louvain-la-Neuve, qui, au nom de l’Eglise, ont veillé à ce que ta réponse à l’appel du Seigneur corresponde à ce que l’Eglise perçoit elle-même de l’exercice du ministère ecclésial.
Une étape nouvelle dans ta vie change désormais tout jusqu’au plus profond de ton être. L’ordination sacerdotale te configure désormais au Christ d’une manière spécifique. Tu ne reçois pas un mandat de l’Eglise ; tu es ordonné prêtre, par la célébration d’un sacrement. Tu n’es pas envoyé pour faire avancer l’Eglise dans telle ou telle direction pendant quelques années à tel endroit, avec tel groupe ; tu deviens signe du Christ, par le don de l’Esprit Saint. Tu es configuré au Christ, Prêtre souverain et éternel, associé au sacerdoce des évêques en étant consacré prêtre véritable de la Nouvelle Alliance, pour annoncer l’Evangile, pour être pasteur du peuple de Dieu et pour célébrer le culte divin, surtout dans le sacrifice du Seigneur. Ce que tu reçois comme grâce te transformera jusqu’au moment où tu vivras de manière ultime le mystère pascal du Christ, le jour où tu remettras ton esprit entre les mains du Seigneur, le jour de ta mort.
En devenant prêtre, tu réponds d’une manière nouvelle à l’appel à la sainteté. Ce qui a été déposé en toi par les sacrements de l’initiation chrétienne, le baptême, la confirmation et l’eucharistie, correspond à une consécration. Au terme de la litanie des saints, la prière conclut : Ecoute notre prière, Seigneur notre Dieu : Répands la bénédiction de l’Esprit Saint et la grâce du sacerdoce sur Cédric que nous te présentons pour qu’il soit consacré ; Assure-lui toujours la richesse de ta grâce. Tu es, aujourd’hui, consacré par le don de l’Esprit manifesté par le sacrement de l’ordre. Ton existence est désormais unie à l’offrande du Christ Prêtre sur la Croix. Jésus donne sa vie au Père par amour pour le monde entier. Cédric, uni au Christ, tu donnes ta vie au Père, par amour pour le monde entier. Ton offrande est rendue possible grâce au don de l’Esprit Saint sur toi. En accueillant ce don, tu deviens d’une manière spécifique un disciple du Christ, jusque dans le don de ta vie par amour pour tes frères. Ceci est un grand mystère. Peu de personnes le comprennent. La Bible, la liturgie de l’Eglise, la doctrine de l’Eglise nous aident à y entrer. Cependant, si nous ne faisons pas confiance au contenu de la Bible ; si nous n’acceptons pas d’entrer dans la liturgie de l’Eglise ; si nous prenons l’habitude de rejeter tout ce qui, dans la doctrine de l’Eglise, nous ennuie dans notre pastorale, nous verrons disparaître progressivement la signification du sacerdoce des évêques et des prêtres et nous risquons de conclure que, désormais, l’Eglise n’en n’a plus besoin. Aussi, pour entrer dans ce mystère, je me permets de t’encourager à prier sans cesse.
Prier suppose que nous croyions en Dieu. Nous l’écoutons dans notre cœur. Nous l’écoutons en assemblée liturgique. Nous l’écoutons à travers les témoignages de personnes qui l’écoutent. En bref, prier suppose écouter la Parole de Dieu et suppose aussi de mettre cette Parole en pratique. La Parole de Dieu est le Christ vivant aujourd’hui. Les témoignages à propos du Christ exerçant sa mission d’Envoyé du Père en ce monde sont contenus dans le Nouveau Testament. Les témoins du Christ ressuscité ne cessent de dire que Jésus est ressuscité selon les Ecritures. Nous cherchons par conséquent comment l’Ancien Testament est accompli dans le mystère du Christ. Refuser de lire la Bible en entier et, un peu à la fois, remplacer la Bible par des textes différents lors de la prière personnelle, lors des assemblées liturgiques, lors de partages de l’Evangile ne peuvent que conduire à ne plus écouter la Parole de Dieu. On dira qu’on écoute Dieu. En fait, on n’écoute plus que soi-même.
Prier suppose que nous croyons en Dieu. La foi est accueil de la Parole de Dieu.
Prier suppose également que nous entrions dans la prière de l’Eglise, la liturgie. La liturgie des Heures indique bien de quoi il s’agit. C’est sans cesse, à plusieurs moments de la journée que l’Eglise prie. Elle prie, par le Christ, dans l’Esprit, en reprenant les psaumes, les cantiques de toute la Bible ; elle intercède avec le Christ pour toute l’humanité ; elle rend grâce, avec le Christ, pour le dessein de Dieu qui se déploie à travers les siècles ; elle implore le pardon pour tout le mal commis, qui blesse l’être humain et parfois même l’anéantit. N’hésite pas à rester fidèle à la liturgie des Heures, selon l’engagement que tu as pris le jour de ton ordination diaconale. Fais confiance à la prière des psaumes et des cantiques bibliques. Ne te considère pas supérieur à la Parole de Dieu qui y est contenue. Jésus lui-même n’a pas cessé de chanter les psaumes.
Prier suppose que nous entrions dans la liturgie de l’Eglise, un peu comme nous entrons dans une maison. Au fur et à mesure, nous faisons des découvertes insoupçonnées. Toute la liturgie est comme une action de grâce qui utilise les mots mêmes de la Bible pour célébrer Dieu. Célébrer Dieu, et non pas se célébrer soi-même. Rendre grâce à Dieu pour sa promesse qui va bien au-delà des projets que nous avons concoctés nous-mêmes, selon les besoins que nous avons-nous-mêmes perçus. Nous avons la chance d’être dépouillés de beaucoup de réalisations, de structures, et même d’une réputation d’acteurs utiles à la société. Le changement de mentalité qui se manifeste en Europe, depuis près de cinq décennies, fait tomber quantité de projets initiés pour rendre service à la société. Le cours des choses, les événements récents qui secouent l’Eglise catholique invitent à la conversion des cœurs et à l’accueil des appels de l’Esprit Saint, des signes des temps. Certes, quelques-uns se sont mis au travail pour transformer l’Eglise, la sauver, afin de la faire perdurer dans des structures nouvelles qui donnent davantage de place à tel ou tel groupe. Si ces projets sont établis dans l’écoute de l’Esprit de Dieu, pas de problème. Si ce n’est pas le cas, cela ne sert à rien. Si nous avons l’audace de faire confiance à la liturgie de l’Eglise ; si nous avons la certitude que le dessein de Dieu est manifesté, rendu efficace, visible par la Parole de Dieu et par les signes que le Christ nous demande de faire, heureux sommes-nous. La veille de sa mort, Jésus dit au terme du repas où il se donne en nourriture : Faites cela en mémoire de moi. Le soir de Pâques, le Ressuscité dit à ses disciples : Recevez l’Esprit Saint ; remettez les péchés. Avant de monter au ciel, le Ressuscité dit aux apôtres et aux autres disciples : De toutes les nations, faites des disciples. Baptisez-les. Apprenez-leur à garder tout ce que je vous ai prescrit. Les moments où Jésus demande de célébrer les sacrements ne sont pas anodins. Il s’agit de moments-clés de sa mission.
N’écoutons pas ceux qui présentent comme une victoire de la pastorale d’aujourd’hui, la diminution du nombre de baptêmes, la diminution systématique et programmée de célébrations eucharistiques et l’inexistence de célébrations du sacrement de la réconciliation. Ils sont tout à fait en dehors de la mission que le Christ confie aux apôtres.
Prier suppose que nous mettions la Parole de Dieu en pratique. Cela n’est possible que si nous acceptons de laisser faire l’Esprit Saint en nous. C’est l’Esprit de Dieu qui nous donne aujourd’hui la signification véritable des paroles de Jésus (L’Esprit vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit). C’est l’Esprit de Dieu qui nous libère d’un tas d’esclavages, dont certains sont bien mis en exergue par les médias (l’absence de maîtrise de soi dans la vie affective et sexuelle ; l’emploi de drogues pour oublier le réel ; l’emploi de produits pour s’éclater soi-même au mépris des autres êtres humains ; l’emploi de produits pour devenir quelqu’un qu’on ne deviendra jamais que dans le virtuel). C’est l’Esprit de Dieu qui nous fait découvrir dans la Parole de Dieu, dans la Loi comme dit la tradition juive, le chemin proposé par Dieu lui-même pour manifester le salut du monde par le mystère pascal du Christ. Un chemin qui comprend l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Sur ce chemin, les pauvres seront les premiers. Sur ce chemin, le lavement des pieds est le modèle déterminant. Ici encore Jésus dit : Ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi.
Cher Cédric,
J’insiste beaucoup sur la prière car je suis persuadé que c’est dans l’écoute de Dieu, jour après jour, que tu entreras dans le grand mystère qu’est le sacerdoce des évêques et des prêtres. Au milieu des multiples changements de mentalités en cours ; au milieu des initiatives pastorales de tous ordres proposées depuis des années, nous n’avons pas à nous laisser emporter par toutes sortes de doctrines ou de fables, de mirages ou de solutions pratiques pour sauver les meubles ou garder un pouvoir qui, de toute façon, va disparaître, mais nous avons à nous reposer sur la maison de Dieu, fondée sur le roc, dont la pierre angulaire est le Christ lui-même.
Frères et Sœurs,
En recevant l’ordination comme prêtre, Cédric reçoit une charge, un ministère, un office, une mission, que la liturgie de l’Eglise décrit en ces termes :
- Collaborateur des évêques dans le sacerdoce, pour servir et guider sans relâche le peuple de Dieu sous la conduite de l’Esprit Saint
- Accomplir avec sagesse et dignement le ministère de la Parole, en annonçant l’Evangile et en exposant la foi catholique
- Célébrer avec foi les mystères du Christ, tout spécialement dans le sacrifice eucharistique et le sacrement de la réconciliation, selon la tradition de l’Eglise, pour la louange de Dieu et la sanctification du peuple chrétien
- Implorer la miséricorde de Dieu pour le peuple qui sera confié, en étant toujours assidu à la charge de la prière
- S’unir davantage au souverain prêtre Jésus Christ qui s’est offert pour nous à son Père en victime sans tache, et se consacrer à Dieu avec lui pour le salut du genre humain
- Vivre en communion avec l’évêque et ses successeurs, dans le respect et l’obéissance
Puis-je vous demander de respecter ce que la liturgie de l’Eglise propose comme description de la charge, de la mission des prêtres ? Puis-je vous demander de revoir, peut-être, l’image que nous nous faisons du ministère des prêtres ?
Durant les dernières semaines, pas mal d’événements se sont produits en Belgique qui mettent en lumière deux grandes tendances de l’opinion.
La première tendance est fâchée avec l’Eglise catholique et, surtout, avec les évêques. Tant l’Eglise que les évêques ont perdu tout crédit. Cette tendance est représentée par des groupes qui n’appartiennent pas à l’Eglise, et aussi par des catholiques qui ont reçu une charge dans l’Eglise. J’ai écrit, il y a quelques semaines, que j’acceptais toutes les critiques qui seraient faites, en privé comme en public, à propos des évêques. Puis-je demander de respecter la vérité ? Puis-je demander de faire la vérité dans la charité ? Etre vrai, c’est dire la même chose quel que soit l’interlocuteur qu’on a en face de soi, ou même de l’interlocuteur qui est absent. Faire la vérité, c’est respecter les règles de la charité, c’est-à-dire ne pas utiliser de moyens indignes pour ternir la réputation ou violer le secret de certains entretiens. Je ne fais pas allusion aux moyens de la justice de l’Etat. Je fais référence à des actes dont j’ai pris connaissance durant les dernières semaines dans quelques communautés ecclésiales.
La seconde tendance envisage la mission de l’Eglise en faisant confiance au Christ, le vrai Pasteur, et en faisant confiance aussi à tous les êtres humains de bonne volonté, qui, catholiques ou non catholiques, veulent coopérer à la recherche du bien commun de l’ensemble de la société. Cette tendance est représentée, dans l’Eglise catholique, par ceux et celles qui osent devenir lucides sur l’état réel de la société, sur l’état réel de l’exercice de la mission de l’Eglise. Cette tendance comprend des personnes qui font confiance en l’avenir et ne cherchent pas sans cesse des coupables. Nous constatons des faits qui sont contraires à la Loi de Dieu, à la loi naturelle, et, pour certains d’entre eux, à la législation des Etats de droit, mais nous ne commençons pas à chercher des coupables partout. A chacun ses responsabilités. Notre premier devoir est d’accompagner les blessés de la vie, d’inviter à la conversion et d’implorer le pardon. Jésus est très ferme sur ce point : Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Et moi, je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, sur les justes et sur les injustes (Mt 5, 43-44).
Cher Cédric,
La liturgie de ce jour fait écho à la route que Jésus prend pour aller à Jérusalem, là où il sera enlevé de ce monde. Sur ce chemin, Jésus entend deux personnes qui veulent le suivre, et il appelle quelqu’un à sa suite. Pour chacun, Jésus a une parole forte qui manifeste la radicalité de la condition de disciple de Jésus.
Tu as la chance de devenir disciple de Jésus comme prêtre. Entends bien son appel, comme tu l’as indiqué sur le livret : « Suis-moi ».
Il y a un an, l’évangile de l’ordination de Philippe Pardonce se terminait par la demande de Jésus à Pierre, le long du lac de Tibériade. Après avoir annoncé de quelle mort Pierre allait faire le passage, Jésus lui avait dit : Suis-moi.
Même parole de Jésus en 2009 et 2010 : hasard ? providence ? révélation ? Laissons-nous conduire par Jésus.
+ Guy Harpigny,
Evêque de Tournai
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